Les treize desserts sont d'abord un merveilleux symbole, qui nous rappelle que le sauveur et ses douze apôtres sont à table avec nous. La série des treize desserts n'est pas partout la même, elle varie selon que l'on se trouve du côté de Marseille, d'Arles, de Brignoles, d'Avignon, ou de Manosque!

Dins l'oustau de moun grand, il y avait d'abord, "li mandicant"(les mendiants): 

-Li figo seco (les figues sèches), sous le grand soleil, il fallait les choisir très mûres et les coucher doucement sur des canisses en les tournant de temps en temps pour qu'elles sèchent régulièrement.

-Puis lis amelo(les amandes), il y a beaucoup de variété d'amandes, nous gardions celles dont les coques étaient les plus tendres et qu'on pouvait casser avec les dents, les autres étaient pour le nougat.

-Li nose émé li avelano(les noix et les noisettes), les noix et les noisettes dont on faisait un "pastis d'ermitan"( un pâté d'ermite ) en fourrant une figue sèche avec un cerneau.

Et ces quatre fruits secs: amandes, noisettes, noix et figues ne doivent pas être séparés, on les appelle les "mendiants " car leur couleur rappelle celle des robes des ordres mendiants : augustins, carmes, dominicains e franciscains. 

Après les mendiants il y avait encore la "passariho", le raisin sec, nous choisissions une variété de raisin blanc et nous suspendions les belles grappes dans le grenier ou elles séchaient doucement pour nous offrir à Noel leurs grains tout ridés mais tellement sucrés !

Ensuite, les fruits frais : la poire et la pomme dans leurs variétés d'hiver qui se conservent bien et aussi le gros melon vert que l'on choisissait sans tâche ni coup et qui attendait lui aussi la Noel au "souleilloun" ce grenier, en plein air où on les préserve de la gâterie.

-Et encore les confitures, de coings bien sur, puisque les haies étaient de cognassiers, mais surtout celle de meraviho, (de merveille ) cette pastèque dont la chair blanche coupée en tranches fines devient translucide en cuisant!  

Il y avait aussi les nougats: le blanc et le noir. Il faut savoir que le nougat est un mets rituel pour Noel en Provence. D'abord les barres longues d'un pan sont enveloppées d'hostie et quand les cloches sonnent à la volée, les gens disaient : 

                                                             "Aco est la campana dou nougat !" 

-Enfin la Poumpo à l'huile de notre moulin. Elle se mangue morceau par morceau en la rompant avec les mais, il ne faut jamais la couper avec un couteau, au grand jamais, car nous risquerions d'être ruinés dons l'année ! 

Et pour faire passer tout ça, on savourait de temps à autre un bon petit verre de vin cuit que l'on fabrique en Provence de temps immémorial.

Une bien grande débauche de nourritures et de douceurs? Oui, mais Noel est une grande fête, ces mets et ces desserts avec leurs couleurs et leurs saveurs ne sont qu'une façon de conserver le soleil en plein hiver : un symbole pour la plus belle nuits de l'année, celle où :

                                                               "la lumièro gagno sur li tenebro!" 

                                                                                              Miquela